Agatharchidès

De la Camargue à la Bretagne ...

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lundi 16 novembre 2015

Terminé barre et machine

Et voilà ! Une page se tourne ...

Agatharchidès est au sec chez Camoel Nautic, à coté du barrage d'Arzal (au sud-est du Morbihan).

La dernière navigation s'est bien passée, avec un départ de La Turballe légèrement houleux, suivi de quelques heures de navigation dans une zone assez fréquentée par des voiliers - et même une planche à voile -, puis une agréable remontée de la Villaine ...

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Agatharchidès remonte la Villaine sous génois et moteur.
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Plus que de la terre à l'horizon ...

A noter que, pour la première fois depuis la sortie d'essai à Port St Louis du Rhône, il y avait à bord un équipier - en la personne du grand père de mon filleul, voileux rangé des voitures depuis 30 ans, qui n'avait pas perdu ses réflexes. Et ma foi, c'était bien confortable de n'avoir qu'à donner des ordres pour que les choses se fassent !

Après une nuit passée au ponton d'attente situé au pied du barrage, la marrée haute à 7h 30' a vu le bateau s'installer sans problème sur la remorque du chantier, avant de se faire déposer à sa nouvelle place par le tracteur. S'en sont suivies quelques heures de vidage du joli volume d'affaires accumulées en un an de vie à bord, avec l'aide de mon cher papa, venu exprès de Dijon.

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La terre se rapproche de plus en plus ...
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Agatharchidès monté sur roulettes.
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Presque posé.

Et c'est donc à Dijon que nous sommes repartis vers midi, profitant des joies de la vie de terrien : encombrements, feux rouges, radars, ronchonnements ...

Prochaines nouvelles, sans doute au printemps !

Merci à tous de m'avoir suivi et soutenu, et à très bientôt.

samedi 14 novembre 2015

D'Espagne en Bretagne

Le golfe de Gascogne en solo, check.

Bon, arrêtons tout de suite le skètche : je n'ai pas eu particulièrement de difficultés, et ledit golfe a été des plus calmes ! Une petite houle ne dépassant pas les 2m, mais toujours ronde et bien longue, donc pas inconfortable, et plutôt pas assez de vent que trop : je ne me serais pas attendu à y trouver de telles conditions en novembre !
Je suis donc parti de Ribadeo vendredi 6, par ciel bleu, un rien nuageux, et un beau soleil - à 13h, avec la marée descendante. Le passage sous le pont n'a pas présenté plus de problème qu'à l'arrivée, pas plus que la sortie de la ria - qu'il est intéressant de voir de jour après l'avoir embouquée de nuit : on voit mieux là où on met les pattes.
Jusqu'à dimanche, la traversée a été calme et belle, sous un beau ciel bleu et des températures agréables, qui m'ont permis de naviguer en chemisette durant la journée ! Le thermomètre a presque atteint les 30°C, et dépassé allègrement les 25. Et le golfe n'étant pas une zone très fréquentée, je n'ai croisé personne, à peine un petit pétrolier le premier jour.
Lundi, le temps a un peu changé : de bleu, le ciel est devenu gris, et si mer et vent sont restés très calmes, la température est bien descendue, n'atteignant plus guère que 15°C en journée, et un rien moins la nuit. Pour ça, j'ai bien senti que j'entrais dans les eaux territoriales bretonnes ! En revanche, avec le ciel gris sont arrivés les dauphins, qui m'ont donné un superbe festival de sauts, tonneaux, loopings ... Six d'entre eux sont restés avec moi pendant plus d'une heure, et sont revenus me voir plusieurs fois dans la nuit. De leur côté, les fous de bassan faisaient aussi le spectacle, avec de beaux vols planés entre les crêtes des vagues. Et j'ai même eu la visite d'un petit rouge-gorge !
Enfin, après pas mal d'heures de moteur ... indispensables si je voulais avancer, et ne pas trop me faire balotter en faisant du sur-place, mardi matin, j'ai vu émerger Belle-Île à l'horizon ! La matinée a été necéssaire pour s'en rapprocher, et, finalement, j'ai pu embouquer le port du Palais juste au coucher du soleil. Lequel port, 11 novembre oblige, était assez fréquenté pour la saison, mais j'ai pu trouver une place sur les pontons flottants, à couple d'un aure voilier. Ce qui m'a permis d'aller me promener, et de m'offrir un bon restaurant pour fêter ma traversée ! Ou de me faire un petit gag personnel : entendant des gens parler français, je me retourne en me disant "tiens, des Français !" - Ben oui, on est en France ... C'est idiot, mais ce réflexe m'a bien amusé. J'ai été faire un petit tour à l'église, aussi : alors que les églises espagnoles sont fermées la journée, et ouvertes le soir pour la messe, ici, c'est la situation inverse : église ouverte à la visite la journée, mais pas d'infos sur les messes. Pas de doute, on est bien en France.

Finalement, le plus dur de l'étape, ça a sans doute été le stress mazoutier : parti de Ribadeo avec une grosse trentaine de litres dans le réservoir, la consommation necéssaire pour avancer lors des moments sans vent a vu cette réserve descendre à quasiment rien, au point de me faire me demander si j'en aurais assez pour arriver ... J'ai eu, mais je suis arrivé au Palais avec tout juste 6 litres. J'en ai donc profité pour faire un peu le plein.

Les deux jours suivants ont été consacrés à un repos reconstituant, sinon mérité. Je me suis offert un bon restaurant, et la visite de la citadelle, Vauban, très intéressante, notamment à cause de son petit musée de la Marine.

Après quelques hésitations quant à la suite du programme, samedi matin, une petite navigation de 25 milles, le long des îles d'Houat, Hoëdic et du phare des Cardinaux, a mené Agatharchidès à La Turballe. 5 noeuds de moyenne par un bon 10 noeuds de vent: quand on le barre a la main, et donc qu'on peut le régler autrement que selon les désirs de môssieur le régulateur, eh bah il avance, ce bateau ! L'affalage a été un peu sportif, avec une houle casse-pattes qui me mettait au travers, et l'amarrage de même, car le port est étroit ... Et bondé. Heureusement, trois voisins sont montés à bord pour m'aider, merci à eux ! Du coup, je suis a couple d'un bateau a couple ...

La fin d'après-midi et la soirée, en compagnie d'amis Nantais, ont été très agréables. Et grâce à eux, dimanch, je devrais donc disposer d'un équipier pour les 15 derniers milles, de La Turballe à Camoël. Le grand luxe !

Dans un régistre moins joyeux, suite aux dernières nouvelles, j'ai mis le pavillon en berne.

mercredi 4 novembre 2015

¡ Arriva Ribadeo !

Après une longue escale de 15 jours à La Corogne, pour cause de grosse dépression (barométrique !), je suis reparti lundi, pour arriver mardi soir à Ribadeo, sur la côte nord de l'Espagne.

Les deux semaines passées à La Corogne ont été, globalement, plutôt sympathique : la marina étant située en plein centre ville, je n'avais que quelques pas à faire pour avoir moult restaurants, bars et autres magasins sous la main. Également, à 5 minutes à peine, une belle église fort judicieusement dédiée à San Jorge (représenté sans cheval), et un supermarché bien pratique. Et donc, hormis quelques jours de forte pluie qui m'ont vu rester calfeutré dans mon bateau, j'ai pu profiter de la ville, qui présentait, en outre, quelques points d'intérêt touristique : notamment, la Torre de Hercules, la Tour d'Hercule, un phare romain datant du Ier siècle, qui est le plus vieux phare encore en fonction au monde. D'après la légende, Hercule, ayant trucidé Géryon dans le coin, décida de construire cette tour là où il avait enterré sa tête. Mais également, dans une vieille ville à l'atmosphère agréable, même si n'ayant pas d'intérêt particulier en dehors de ça, deux belles églises romanes, Santiago - Saint Jacques, représenté sur le tympan armé et à cheval -, et Santa Maria do Campo, Notre-Dame des Champs, paroisse ... des marins. Je suis tombé amoureux de cette dernière : datant du XII au XIVe siècles (avec un petit prolongement XIXe, mais qui semble avoir repris le tympan d'origine, une belle adoration des mages), elle comporte quelques très jolies statues, et un maître-autel en argent absolument sublime. Je regrette que la connexion ici ne soit pas suffisante pour mettre des photos, car vraiment, ces statues ! A faire pâlir de jalousie l'ange au sourire de Reims.

Le beau temps, en début et fin de quinzaine, a aussi été l'occasion de prendre ce qui aura probablement été la dernière glace de l'année, presqu'immédiatement suivie d'un cornet de marrons chauds ! Apparemment, c'est une spécialité locale. Une autre spécialité locale, passablement plus typique, dont j'ai bien pu profiter, c'est le poulpe ! Le pulpo a feira, en galicien, ou pulpo gallego, en espagnol, c'est, donc, du poulpe. Plus précisément, des tentacules de poulpe, soigneusement attendries à grands coups de rouleau à pâtisserie, puis ébouillantées trois fois et bouillies une heure environ, puis coupées en morceaux et servies avec des pommes de terre, le tout arrosé d'huile d'olive et de pimentòn (une sorte de paprika). Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ça n'est pas si caoutchouteux que ça ! Et la partie extérieure fond dans la bouche ... J'ai aussi pu goûter du jambon pata negra, délicieux et très fondant, car le cochon donneur a du gras dans les muscles.

La Corogne étant un grand port de passage pour les bateaux de voyage, j'ai aussi pu croiser plusieurs Français, notamment deux bateaux de jeunes avec qui j'ai sympathisé : Shere Khan V, monté par trois jeunes ingénieurs ayant décidé de prendre un an pour faire le tour de l'Atlantique (ils ont un blog), et Stalker, dont les propriétaires, Tristan et Jeanne, ont décidé d'aller passer l'hiver au sud du Portugal. Après Figueira da Foz, ces escales à vie sociale me changent quand même heureusement de celles du printemps, où je ne voyais jamais personne !

Bref, suite au retour d'une météo favorable, j'ai fini par quitter La Corogne.

Direction : le nord-est, pour une dernière escale espagnole avant de traverser le golfe de Gascogne. J'aurais presque pu m'en passer, mais je suis parti un 2 novembre, jour des morts, et donc férié en Espagne ... Donc, supermarché fermé ! Quelle guigne ! J'ai donc mis les voiles pour une étape qui m'a vu faire de belles moyennes, avançant jusqu'à 7,5 nœuds sous régulateur d'allure (vent presque dans le dos, venant par tribord ... car de l'autre côté, bâbord amures, le régulateur toujours abîmé ne réussit pas à tenir les angles que je lui demande). J'ai donc pu passer le cap Ortegal et la pointe Estaca de Bares, les deux caps marquant la limite nord-ouest de l'Espagne, et l'entrée du golfe de Gascogne. Ce sont des caps qui se font respecter : alors qu'avant et après, la mer était belle, presque calme, devant eux, il a fallu faire avec des vagues atteignant les 2 mètres - mais heureusement, m'arrivant à peu près dans le dos, comme le vent, ce qui est la meilleure configuration qui soit.

Cela m'a quand même valu quelques départs au lof ou à l'abattée, ceux-ci entraînant des empannages sauvages et désagréables (le vent change de côté par rapport au bateau : les voiles font donc de même, violemment). Si, la plupart du temps, ceux-ci n'ont pas eu de conséquence, grâce à la retenue de bôme que, cette fois, je n'avais pas oublié de mettre (quand on se fait avoir une fois ...), l'un d'eux m'a quand même causé une surprise de taille : la casse d'un œillet à friction du hâle-bas de bôme ! Pourtant, c'était du matériel Seatex, en composite, supposément très résistant ... C'est sans doute la sècheresse du coup qu'il n'a pas aimé. J'ai pu le remplacer facilement par une manille, en fait aussi efficace.

Une fois passé Estaca de Bares, je me suis retrouvé à côté de Viveiro, l'un des trois ports que je connaissais pour y être déjà allé en 2013 avec les Pèlerins de la Mer. Je pensais m'y arrêter, mais, ayant appelé Pascal, mon cher Monsieur Météo personnel, j'ai suivi son judicieux conseil et décidé de continuer jusqu'au port suivant, Ribadeo (que je connaissais aussi). En effet, marchant bien, il aurait été stupide de s'arrêter trop tôt dans la journée - il était à peine 13h-, et il valait mieux m'enfoncer un peu dans le Golfe pour parer la houle et éviter une zone un peu trop ventée lors de la prochaine étape.

Le port de Ribadeo est situé dans une rivière, juste en amont de son embouchure. J'ai franchi les premières bouées à la nuit tombée, vers 19h, et, après être passé sous un pont - petit moment d'inquiétude, même si j'étais déjà passé dessous deux ans avant, avec un bateau au mat beaucoup plus haut : est-ce que ça va passer ? ... C'est passé sans problème, comme une lettre à la poste, et j'ai pu m'amarrer au Real Club Nautico de Ribadeo. Détail amusant : j'y ai revu un bateau que j'avais déjà vu à La Corogne, monté par deux vieux messieurs revenant de Martinique. Eux étaient partis deux jours avant moi de La Corogne, et s'étaient bien fait secouer avant d'arriver ici la veille. Toutes proportions gardées, je ne suis donc pas mécontent des choix faits - tout ça, grâce à Pascal !

Toutefois, cette escale ne durera pas. Je n'ai pas de raison de m'attarder à Ribadeo, et puisque la météo semble favorable, je pense repartir jeudi matin. Si cela se confirme, direction nord-ouest, pour traverser le golfe de Gascogne ! Pour le port d'arrivée, on verra bien où il sera, car je jouerai probablement plus la facilité de route et la vitesse que la précision du cap. De toutes façons, d'ici à Belle-Île, Groix ou Yeu, les distances sont quasiment les mêmes. Le but sera juste de me rapprocher de mon port de destination, Camoël, où m'attend une place de port à sec.

Chers lecteurs (puisqu'il y en a ! Pas nombreux, mais que ne ferais-je pour mes tantes Françoises ...), j'espère donc que le prochain billet de ce blog sera posté de France ! Et, croyez moi, même si on est très bien en Espagne et à naviguer ... Et si je ne suis pas encore arrivé ... Eh bien, je ne serai pas fâché de rentrer !

mardi 20 octobre 2015

Adios Portugal ... ¡ Ola España !

Hé, je suis enfin reparti de Figueira da Foz ! Le port a réouvert lundi 12 dans l'après-midi, et comme les copains de Stella et Sofia, je suis donc parti mardi matin. Evidemment, le port était aussi réouvert pour les pêcheurs à la ligne, qui n'ont rien eu de plus pressé que de se précipiter dans le chenal - mais apparemment, c'est normal ici.

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Coutumes Figueriennes : la pêche à la ligne au milieu du chenal.

Bien entendu, comme les Portugais sont des gens respectueux de la loi, ils s'étaient tous mis dans la partie droite du chenal, la partie gauche étant interdite à la navigation puisque l'épave du chalutier était toujours là. Passant assez près, c'est assez impressionnant de se dire que ce bout de tôle qui dépasse de l'eau est tout ce qu'on voit de la coque d'un chalutier de 24m, retourné comme une crêpe par les remous en entrant dans le port.

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Tout ce qui reste de l'Olivia Ribau.

La sortie passée, je me suis retrouvé sur une mer calme, avec un gentil petit vent et un beau soleil qui donnait envie de rester dehors, ce que j'ai fait ... Et qui m'a valu un coup de soleil !

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Franchement, on se croirait à mi-octobre ?

Le port étant réouvert pour tout le monde, il a fallu aussi faire avec un petit cargo, parti du port de commerce et sur la même route que moi, qui m'a doublé d'assez près - Rien de dangereux, mais le contraste de vitesse est frappant.

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Coucou !

Je suis donc parti, et vous ne devinerez jamais où je suis arrivé !

En effet, je m'étais donné comme objectif le plus loin possible au nord, espérant atteindre au moins Porto ...

Alors Porto, à 65 milles ? Non. Viana do Castello, à 95 ? Non plus. Bigre, déjà Vigo, en Espagne, à 135 milles ? Toujours pas ! Quand même pas Muros, juste avant le cap Finisterre, à 165 milles, ni Muxia, juste après, à 185 ? Eh bien non : je suis à La Corogne, à 240 milles de Figueira da Foz !

Il faut admettre que, jusqu'à samedi matin, la situation était particulièrement favorable : entre 6 et 12 nœuds de vent oscillant entre le nord et l'est (de façon suffisamment bien faite pour me faire "tirer des bords" ... sans changer d'amure ! Ils ont particulièrement bien géré, Là-Haut ), sur une mer quasiment plate, sans grosse vague ni vraie houle pour me ralentir.

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Mes "bords automatiques" m'ont emmené bien dans la route des cargos.
Celui-ci, le
Fairpartner, a probablement reçu un prix de mocheté !

Bref, c'était le pied, au point qu'en arrivant à proximité de Muxia vendredi soir, ayant été informé que la météo resterait favorable au nord du Finisterre samedi, j'ai décidé de continuer encore un peu.

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Le Cap Finisterre. Un peu décevant, j'avoue.
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Coucher de soleil au large du Finisterre.
Vu les nuages, il ne va pas faire beau demain.

Bon, l'info était vraie (la preuve, je suis là !), mais si le vent n'était effectivement pas réellement trop fort, il l'était quand même assez, avec de bonnes rafales, et de gros creux au large, atteignant bien les 3 ou 4m. Le vent étant de nord-est, comme ma route, j'ai du tirer des bords qui ont vu Agatharchidès prendre une gîte impressionnante, à bien 50° sans doute ! Et ceci avec 2 ris et 15 nœuds à l'anémomètre, alors que je me souviens d'avoir mieux tenu les 25 nœuds que j'avais eus avant le cap São Vicente, en juin ... Alors, est-ce à voir avec la pression ? Les vagues - de travers, il est vrai ? Ou est-ce l'anémo qui vasouille ? Je n'en sais rien, et pour le moment, je ne vois pas trop comment le savoir.

Une fois près des côtes, samedi soir, la mer était nettement plus calme, et le vent est tombé quand je suis entré en rade de La Corogne. Où j'ai eu la surprise de découvrir une interprétation originale du balisage latéral, avec un arc vert s'allumant progressivement ... Ce soir, chez les bouées de chenal, c'était soirée disco !

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Ce n'est pas Ibiza, mais ça aurait pu.

J'ai ensuite pu tranquillement aller me garer au "Real Club Nautico", une marina située en centre-ville. A 1h du matin, on pouvait encore profiter de la musique des bars : comme quoi, il n'y avait pas que chez les bouées de chenal que ça clubbait ...

Le dimanche a été consacré à une petite ballade en ville, et surtout à beaucoup de repos, car je dois dire que j'étais rincé. Mais la Corogne a l'air d'une ville sympathique, ce qui tombe bien car j'aurai sans doute le temps d'en profiter, un coup de vent étant prévu en début de semaine.

Ceci, justement, me laisse un peu pensif quant à la suite du trajet. J'avais originellement envisagé de gagner Viveiro, sympathique petit port que je connais déjà, situé peu après le cap Ortegal. Mais à mieux examiner les distances, je me dis qu'il serait peut-être plus intelligent de gagner Gijon, plus à l'est, ce qui me permettrait de gagner une journée sur la traversée du Golfe de Gascogne - permettant ainsi d'être moins exposé à un éventuel coup de vent. Mais à voir l'état actuel de la météo, et connaissant la réputation du Golfe, je me demande si le plus sage ne serait pas de me contenter de gagner la Bretagne en longeant les côtes, espagnole puis française. Cela serait sans doute nettement plus long, mais me permettrait d'être toujours beaucoup plus proche d'un abri qu'au milieu de l'eau. Enfin, je pourrai toujours y réfléchir d'ici à la prochaine étape.

Ah, sinon, petite question en passant : je m'enquiquine à alimenter ce blog, mais ... y a-t-il vraiment des gens qui le lisent ? N'hésitez pas à utiliser les commentaires pour me le dire.

samedi 10 octobre 2015

Figueira da Foz : patience et longueur de temps ...

Ayant été averti qu'un fort coup de vent était prévu dès samedi 3 octobre au soir, et ne souhaitant pas poireauter jusque là à Nazaré (même si internet avait fini par y revenir !), j'ai décidé de faire une petite étape jusqu'à Figueira da Foz, port situé juste 35 milles au nord de Nazaré. Le vent étant particulièrement faible, comme prévu, une bonne partie de cette étape a été faite avec le moteur, qui, utilisé en conjonction avec les voiles, m'a permis d'avancer de façon relativement efficace, même s'il m'a fallu rester à la barre quasiment en permanence : le régulateur ne fonctionne pas sans un minimum de vent. Heureusement, j'ai pu avoir quelques heures de ce minimum de vent durant la nuit, ce qui m'a permis de me reposer, le régulateur d'allure tenant la barre à ma place.

Je suis donc arrivé à Figueira da Foz en tout début d'après-midi du samedi, à peine plus de 24h après mon départ de Nazaré. Petite surprise en entrant : ici, les locaux pêchent en plein milieu de l'entrée du port ! Il faut donc les éviter ...

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L'entrée du port ... avec les pêcheurs au milieu !

Le bureau du port étant fermé, j'ai attendu quelques heures au ponton carburants, avant de finalement me faire indiquer une place à côté d'autres bateaux de voyage, qui m'ont gentiment aidé à m'amarrer (car ici non plus, pas de marineros !). Et c'est là que j'ai eu la surprise, et la joie, de découvrir parmis ces bateaux, deux bateaux de jeunes ! Lino, un Allemand de 19 ans, navigue en solitaire sur Stella, avec lequel il compte aller en Grèce (il a un blog). Isak, un Suédois de 29 ans, navigue lui en compagnie de bateau-stoppeurs qu'il a recrutés aux étapes précédentes, un Allemand et un Français, et compte emmener son Hallberg-Rassy Sofia aux Canaries avant d'envisager une transatlantique l'année prochaine (il a aussi un blog).

Nous nous entendons bien, et nous dinons souvent à bord de Sofia ou de Stella - Agatharchidès est un peu moins spacieux et confortable ; pourquoi s'embêter à faire des acrobaties pour aller contempler les rivets de son carré, alors que les boiseries et coussins confortables nous tendent les bras à bord des deux autres ?

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Dîner à bord de Stella.

Le coup de vent étant là, nous étions tous bien contents d'être à l'abri ! Mardi, il était fini, et le beau temps revenu incitait à penser au départ, mais un coup d'oeil sur l'état de la mer nous a incités à rester bien sagement au port. Cela m'a donné l'occasion de faire la vidange du moteur.

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Opération Vidange en cours.

Mais l'état de la mer ce mardi a eu des conséquences tragiques pour d'autres. Le soir, un chalutier de 24m a coulé juste dans l'entrée du port ... Seuls deux des 7 occupants ont été récupérés vivants, au terme d'opérations de sauvetage qui ont généré une polémique et une manifestation tellement la population les a jugées inefficaces - mais que pouvaient-ils vraiment faire dans ces conditions ? En effet, une barre de sable se forme dans l'entrée du port en cas de gros temps, générant de forts remous, qui ont probablement causé la perte du chalutier, et qui auraient empêché des bateaux de sauvetage d'opérer - les deux survivants ont été sauvés par un jet-ski. Nous avons involontairement  assisté au retour de deux corps d'un peu plus près que nous ne l'aurions souhaité, ce qui n'était pas le moment le plus agréable de l'escale - mais il faut dire que les Portugais ne semblent pas habitués à gérer ce genre de crise.

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Le remorqueur tente de tirer l'épave, à fleur d'eau, hors de l'entrée du port.

Conséquence moins tragique, mais qui nous a touché plus directement, le port a été fermé. La semaine a donc passé à attendre des informations sur l'évolution des travaux de dégagement, qui sont très difficiles à obtenir. Les gens du port ne sont généralement pas tellement renseignés, aussi la plupart des informations nous parviennent-elles par "radio-ponton" ; certains des plaisanciers étant plus doués que d'autres pour obtenir des informations des employés du port, ou d'autres (dont moi) réussisant à traduire des articles de presse sur internet. Chaque jour ou presque a entendu courir le bruit d'une possible réouverture prochaine du port, mais le mat de signalisation à l'entrée indique toujours que le port est fermé. Deux boules noires le jour, ou 4 feux verts et rouges interposés de nuit ...

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Le mat des signaux : deux boules noires, port fermé.

Pour tout arranger, un nouveau coup de vent est arrivé - ils doivent aimer venir passer leurs week-ends à Figueira da Foz ; on les comprend, après-tout, c'est une station balnéaire semble-t-il appréciée, même si elle a peu d'intérêt en dehors de ses vastes plages. Celui-ci complique donc les opérations dans l'entrée du port, et on ne sait toujours pas quand on pourra repartir ...

En ce qui me concerne, si je suis heureux de pouvoir passer cette escale au prolongement forcé en sympathique compagnie, j'espère que le retard induit ne me posera pas trop de problèmes pour la suite du trajet. Contrairement aux autres, qui descendent tous vers le sud et le soleil, portés par des vents généralement favorables, je remonte vers le nord et le froid, et naviguer par temps froid n'est pas aussi agréable que quand il fait beau - le pire étant sans doute la pluie, sans parler bien sur du risque accru de mauvais temps. Enfin, qui vivra verra ! En attendant, il faudra d'abord sortir, ce qui risque fort de devoir encore attendre quelque temps. Comme disait La Fontaine, « patience et longueur de temps ... »

mercredi 30 septembre 2015

Nazaré et Fatima

Ca y  est, j'y suis arrivé !

Malgré le changement d'objectif de Guadalupe à Fatima, j'étais quand même assez ému en entrant, mardi soir, dans la basilique Notre-Dame de Fatima ... Toute en travaux, évidemment ! Mais ça ne fait rien, ce n'est pas l'état des lieux qui compte, ni ce qu'on y ressent, mais le fait d'y être arrivé. Et j'y suis arrivé !

La navigation depuis Cascais a été assez agréable, avec une mer très peu formée, contrairement à ce que je pensais d'après les fichiers météo que j'avais pu avoir au départ. Il y avait bien une houle assez conséquente, mais elle était très longue, et donc pas du tout gênante et même assez majestueuse à regarder. La force tranquille de la mer ! J'ai même vu quelques dauphins, et aperçu brièvement un marsouin. En revanche, le ciel a été gris une partie du samedi et tout le dimanche, avec une visibilité assez faible ce dernier jour (moins de 5 milles), due, en fait, à un petit brouillard. Ca ne m'a pas aidé à garder les batteries chargées (forcément, le panneau solaire marche moins bien dans ce cas), mais il me restait assez d'électricité pour démarrer le moteur en arrivant à Nazaré, ce qui était tout ce dont j'avais besoin !

La marina de Nazaré est située au fond du port de pêche, et n'est pas ce qu'on pourrait appeler un endroit particulièrement formidable : les pontons sont couverts de guano, les bateaux de pêche agitent un peu le bassin, et l'environnement ressemble bien plus à celui d'un port de pêche industrielle qu'à un port de plaisance ! Mais cela n'a rien d'invivable, même si, évidemment, il n'y a pas d'accès internet fonctionnel. Ca va finir par devenir une habitude, et ça n'est pas la plus sympathique qui soit ...

En revanche, la ville de Nazaré, à une petite demi-heure de marche du port, est très sympathique - et aussi très touristique. C'est une ville "à étages" : le quartier du rez-de-chaussée, sur la plage, est nettement séparé du quartier "à l'étage", perché sur une falaise de 100m de haut ; on y accède, si on est à pieds, soit par funiculaire, soit par un sentier assez raide (que je n'ai pris qu'à la descente, paresseux que je suis !). Ce quartier du haut, "Sitio" de son petit nom, présente notamment une basilique dédiée à Notre-Dame de Nazaré, et une petite chapelle microscopique comémorant un miracle survenu au XII° siècle, quand la sainte vierge est apparue à un chasseur pour l'empêcher de tomber de la falaise. La basilique est baroque, très majestueuse mais d'une légèreté surprenante. La petite chappelle, où on ne peut guère tenir qu'à une ou deux personnes à la fois, est, elle, entièrement tapissée d'azulejos probablement fort anciens, plus foncés que ceux que j'ai pu voir ailleurs. Elle est très jolie. J'ai aussi été assez impressionné par les personnes âgées que j'ai croisées : les dames, notamment, sont presque systématiquement vêtues d'une façon quasi-traditionnelle, avec des châles et des foulards sur la tête. Certaines, les veuves sans doute, sont intégralement vêtues de noir. Les coutumes semblent ici avoir une force qu'elles n'ont plus chez nous !

Après avoir visité Nazaré, j'ai pris le bus pour Fatima ; les 50 km se font en une bonne heure et demie, dans un bus qui convoie pas mal de collégiens entre leur école et leurs domiciles.

A Fatima, le sanctuaire est en travaux, en prévision du centenaire des apparitions en 2017, mais on peut malgré tout accéder aux tombeaux des bienheureux François, Jacinthe et Lucie, et la "Capelinha" construite sur le lieu même des apparitions, et recouverte d'un auvent-chapelle depuis la visite de Jean-Paul II en 1982, est toujours visible. C'est là que la plupart des gens vont prier. A proximité, il y a aussi une petite zone dédiée aux cierges, plus petites qu'à Lourdes si je m'en souviens bien, mais où les cierges, eux, sont énormes. Et en plus de cierges, les gens déposent aussi des figurines de cire, souvent en forme de bébé. Du coup, parfois, les cierge les allument, et un grand feu s'ajoute aux petites flammes des cierges ...

Je pense repartir de Lourdes ce soir, regagner Nazaré, et là, quand la météo sera favorable, repartir en direction du nord. La saison s'avançant, je me demande si je ne vais pas essayer de faire les plus longues étapes possible, pour rentrer le moins lentement possible ! Car j'ai beau faire de mon mieux, et Agatharchidès donner tout ce qu'il a, je trouve quand même que nous n'avancons pas très rapidement, et je ne voudrais pas avoir à traverser le golfe de Gascogne trop tard dans la saison.

Enfin, qui vivra verra !

jeudi 24 septembre 2015

Cache-cache à Cascais

C'est reparti !

Après une pause estivale bienvenue, mais qui a quand même un peu cassé le rythme dans lequel je m'étais mis, Agatharchidès est de nouveau en navigation.

La première quinzaine a été consacrée à la remise en état du bateau : en un peu plus de deux mois, il s'était sacrément sali à l'intérieur ! C'est de ma faute, je dois l'avouer : non seulement j'avais laissé à bord une certaine quantité de denrées périssables, qui ont donc bien pris soin de périr, mais en plus, j'avais oublié la poubelle à bord en quittant le bateau ! Il a donc fallu nettoyer, jeter, prendre ses pieds pour aller faire des courses à Intermarché - à 4km du port, une bonne petite ballade sac au dos et cabas en main. S'en est suivi, évidemment, un période où j'ai été malade - une bonne crève, tout bêtement : rien de méchant, mais on ne reprend pas la mer dans cet état. Puis un coup de vent de quelques jours m'a empêché de partir avant mercredi 16.

Le départ, je dois l'avouer, m'a un peu stressé. C'est toujours un peu le cas, mais cette première reprise après deux mois de pause était un peu particulière, d'autant plus qu'il semblait y avoir quand même un peu de vent et de vagues. Ca n'a pas duré : une fois les voiles hissées, à peine ai-je eu le temps de sortir de la grande rade du port de commerce, de m'éloigner de quelques petits milles (dans la mauvaise direction, le vent venant droit de la bonne), que pouf ! Le vent est tombé ! J'ai donc passé ma première nuit à reculer, poussé par le courant, en attendant que le vent revienne. Et il n'est revenu qu'en fin de matinée, le lendemain, ce qui fait que, jeudi soir, j'étais donc ... de retour au niveau de Sines !

Heureusement, le vent était établi à une force assez correcte, et j'ai donc pu monter tranquillement vers le nord, en tirant de grands bords peu serrés, malgré mes efforts. A proximité de Sesimbra vendredi soir, j'ai hésité à m'y arrêter, un petit coup de vent étant prévu dans la nuit ; mais celui-ci semblant devoir rester raisonnable en pratique, et devant passer le moment le plus fort dans une zone assez abritée, j'ai préféré continuer. Je ne le regrette pas : j'ai ainsi pu arriver, samedi soir, à proximité de Cascais, dans le golfe de Lisbonne. Mais la mauvaise surprise du jour, c'était  que le génois n°2, que j'avais hissé à la place du grand génois en mylar, très abîmé ... Ce génois n°2, donc, était complètement déchiré ! Heureusement, je savais pouvoir trouver un voilier à Cascais. J'aurais aimé y arriver avant la nuit : peine perdue ... Le vent est tombé ! J'ai donc passé la nuit à la cape, sans bouger (le courant portant au sud ne doit pas rentrer dans le golfe), avant de gagner la marina de Cascais au moteur dimanche matin (j'avais pu vérifier avant de partir : il y a une messe du soir).

L'arrivée à la marina a été un peu originale, comme d'habitude : le ponton d'accueil était assez encombré, le ponton carburant encore plus (pourtant, j'aurais bien été faire le plein, ma cuve à mazout est presque à sec !). Mais un voisin m'a aidé, un Américain, pour changer ! L'accueil au port a été sympa, on m'a même offert une bouteille de rouge du coin en cadeau de bienvenue. Au prix de la place, ils peuvent se le permettre : c'est deux fois plus cher qu'à Sines ! J'ai ensuite gagné la place qu'on m'avait indiqué, où un marinero était censé m'attendre pour m'aider à m'amarrer (les places sur catway sont toujours difficiles à prendre tout seul). Evidemment, en arrivant, pas l'ombre d'un marinero ... J'ai donc du me débrouiller tout seul ; heureusement, le bateau voisin était un gros Zodiac, qui n'a donc pas souffert des quelques contacts qu'il a pu avoir avec le mien !

Après un dimanche tranquille, avec une petite visite de Cascais qui est une bien jolie petite ville, au rues pavées de calcaire et aux murs blancs portant de nombreux azuleijos, ces peintures bleues sur carrelage de faïence, et un resto où j'ai croisé un couple de Français sympa qui m'ont offert un café, j'ai été, lundi, voir le voilier. Lui ayant montré mes deux génois, il m'a proposé de réparer les deux (la réparation du n°2 ne serait pas forcément extraordinaire, m'a-t-il dit, mais il pourrait bien travailler sur le n°1, le mylar ne faisant pas peur à cet habitué des voiles carbone). La réparation était censée être prête mardi ; mais mardi, il n'avait pas commencé. J'y suis retourné mercredi, mais rien n'avait encore été fait : la priorité, paraît-il, était donnée aux voiles des participants aux régates "52 Super Series" qui tournent dans le coin. Bon ...

J'espère quand même pouvoir partir un de ces jours : peut-être vendredi tôt, sinon dimanche, pour être sur d'avoir une messe. On verra bien. Objectif ensuite : Nazaré, où je devrais pouvoir trouver un bus pour aller à Fatima !

Ah oui, tiens : pourquoi ai-je intitulé ce billet "cache-cache à Cascais" ? Parce que Cascais se prononce cache-cache, ou cache-caïche, c'est selon. Je dois avouer que j'ai du mal à comprendre les règles de prononciation du portugais : Sines se prononçait bien Sines, et pas chinèche, ni même sinèche !

Sinon, je n'ai pas mis de photos, parce que je n'en ai quasiment pas pris (désolé ...), et surtout parce que l'accès à internet à Cascais est plus qu'aléatoire : non seulement il marche quand il veut, mais en plus, quand il marche, il reste lent ... D'où ce billet "texte seul". Voilà : amis lecteurs, à bientôt pour de nouvelles aventures !

lundi 29 juin 2015

Portugal et pause estivale

La réparation a tenu ! Après pas mal de réflexion, et sur le conseil d'amis avisés (dont Serge, le patron de Seatex, avec qui j'avais préparé le bateau), et profitant de la présence à Puerto Sherry d'un atelier de matériaux composites visiblement doté d'un personnel un poil plus débrouillard que celui des accastilleurs du lieu, j'ai en effet réparé ma barre cassée à l'aide de fibre de verre et de résine époxy. L'idée est simple : on recolle les bouts de barre, et on plâtre la fracture à l'aide de fil de verre qu'on imbibe ensuite de résine. Résultat, un manchon en composite certes peu esthétique, mais solide.

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Réparation en cours. Maintenant, c'est plus gros et plus lisse !

Après avoir quitté Puerto Sherry, j'ai donc repris ma route vers le cap de Sao Vicente, pointe extrême sud-ouest de l'Europe, et mon premier objectif portugais. Après avoir du faire avec un petit troupeau de chalutiers et caseyeurs rarement équipés d'AIS au début du golfe de Cadix, j'ai ensuite (enfin !) eu la joie de descendre le pavillon espagnol pour envoyer le portugais, et admirer la côte de ce pays où je n'étais encore jamais allé.

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Cap de Sao Vicente

Le vent ayant pris la ferme résolution de venir de là où je voulais aller, j'ai du tirer des bords durant plus des 3/4 du trajet, par 20 nœuds de vent, avec des périodes à 25 et même une soirée à 30. Ça donne l'occasion de travailler les prises de ris ... Et ça rend aussi la navigation un peu sportive, le bateau sautillant joyeusement dans la houle, qui a commencé à se faire sentir une fois sorti du golfe de Cadix. Il a aussi fallu faire avec quelques périodes de pétole quasiment absolue (à peine 3 nœuds de vent), systématiques en matinée une fois passé le cap de São Vicente. J'ai donc eu la joie de constater que, par moment, je faisais marche arrière ! Mais bref : alternance de pétole et de vent plutôt fort, par beau temps et belle mer, cela résume ma semaine en une phrase !

11667379_387393104777387_3917212711486941836_n.jpgTiens, un dauphin !

Je suis arrivé samedi 27 juin à minuit (23h locales) à Sines, agréable petit port de plaisance caché (mais alors, vraiment planqué !!) au fond d'un assez grand port de commerce. Mais une fois dedans, on ne s'en aperçoit quasiment pas, tandis qu'une odeur de maquis vient indiquer que, oui, on est à terre dans un endroit agréable !11390043_387392901444074_8751245438487327788_n.jpg

Le port de Sines


Pour tout arranger, les gens du port sont très sympa, avec un personnel anglophone (y compris la femme de ménage !) et des voisins accueillants (j'ai eu droit à ma tasse de thé en arrivant, d'un sympathique Gallois.)

11692750_387393004777397_8133011225460422325_n.jpgL'enfant du pays, avec sa maison (à droite).

La suite des opérations ne reprendra pas avant courant septembre : en effet, l'été est la saison des mariages, et étant invité à quelques uns, je suis donc rentré en France pour environ deux mois. L'occasion aussi de revoir des amis, ce qui ne fait pas de mal !

 

[Note : j'ai quelque peu tardé à poster cet article, aussi je prie les éventuels lecteurs qui se seraient inquiétés de ne pas avoir de nouvelles de bien vouloir m'en excuser.]

jeudi 11 juin 2015

D'une panne à l'autre, en passant par Gibraltar.

Tombé malade après la réparation de mon régulateur d'alllure, je n'ai finalement quitté Almerimar que dimanche 31 mai. Le vent n'étant pas décidé à être très actif, ne daignant guère souffler à plus de 7 noeuds en général - et souvent moins -, je n'ai pas été très vite non plus, content quand je pouvais dépasser les 2 noeuds ! Pas encore aujourd'hui que je serai compétitif pour la Route du Rhum ... Ce n'est que le dernier soir que le vent s'est levé, à 15 nds, me faisant couvrir les 20 milles restantes en 3h à peine, alors que je comptais y passer la nuit !

Mais cette navigation tranquille était loin d'être désagréable, même si j'ai du faire beaucoup trop de moteur pour mon goût. Il a fait très beau (sauf le lundi, oú il a un peu plu), et j'ai vu énormément de dauphins ! Toujours nombreux, souvent joueurs, ils m'ont gratifié de quelques uns des plus beaux sauts que j'ai jamais vu, avec tonneau ou salto arrière !

DSCF1256.jpgParé a sauter !

J'ai vu beaucoup de cargos, aussi ; dont certains des plus gros qui soient (400m de long ...). Suivant une véritable autoroute maritime, ces poids-lourds avancent à la queue-leu-leu dans une zone relativement bien délimitée, mais qui ne donne guère envie de la traverser.

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Le Merete Maersk, 400m de long, l'un des plus gros cargos du monde.

Finalement, je suis arrivé dans la nuit de mercredi à jeudi au pied du Rocher. Je ne l'avais pas repéré, mais la nuit tombant, l'éclairage l'a fait se découper au loin sur l'horizon, tandis que la côte africaine apparaissait un peu plus loin au sud ... Après une nuit à la cape au pied du Rocher, je suis entré au petit matin en baie d'Algesiras, encombrée de cargos et pleine d'effets de site rendant la navigation quelque peu originale. Et j'ai été m'amarrer à la Linea de Concepcion, la marina côté espagnol. Et, une fois mis pied àbterre, j'ai pu aller profiter des joies toutes britanniques de Gibraltar ... Y compris les nuages, so British !

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Vue sur le Rocher en arrivant.

Après avoir visité et apprécié la ville, très agréable avec son ambiance britannique à peine forcée pour les besoins du touriste, j'ai été voir les singes en téléphérique (ce sont les seuls singes vivant à l'état sauvage en Europe, mais vu les hordes de touristes qui les pourchassent tels des paparazzi, il n'ont plus guère que l'état, de sauvage. Même s'il paraît qu'ils mordent). Je suis redescendu par le chemin des écoliers, une petite ballade sympa sur un sentier quasiment à flanc de falaise, au milieu des palmiers, des figuiers de barbarie (comme les macaques, de fait), et des ruines de fortifications de 1940. Qui sont loin d'avoir la qualité de la ligne Maginot, mais à 400m de haut, ça ne devait pas être trop grave.

DSC_0800.jpgUn des plus célèbres habitants de Gibraltar : un macaque de barbarie.

DSC_0748.jpgPour les 71 ans du débarquement en Normandie, défilé du pipe band des scouts de Gibraltar.

DSC_0764.jpgQuand on vous dit qu'on est au Royaume-Uni !

Globalement, j'ai vraiment bien aimé Gibraltar. J'en avais un peu ma claque de l'Espagne, j'ai un peu eu l'impression de retrouver la civilisation !

Ceci fait, et malgré mon appréciation de l'endroit, il a bien fallu le quitter : mine de rien, je suis en pèlerinage, et j'ai toujours un objectif à atteindre. Après quelques hésitations au sujet des horaires de marée (ceux que j'avais trouvé sur internet, avant de partir, ayant 3h de décalage avec ceux indiqués sur le livret offert par la marina), je suis parti un peu avant 13h lundi 8, me disant qu'au pire, les coefficients n'ayant pas l'air d'être énormes, le courant contraire ne serait pas trop gênant. De fait, il ne m'a pas particulièrement paru en rencontrer ; je pense donc que les horaires de marée d'internet étaient plus fiables que ceux de la marina !

J'ai effectué toute la traversée du détroit au plein vent arrière, les voiles établies en ciseaux, c'est à dire la grand'voile d'un côté, et le génois de l'autre. C'est une allure qui impose de tenir la barre avec attention, car le moindre écart peut faire passer l'une ou l'autre voile du mauvais côté. Si ce n'est que le génois, ce n'est pas trop grave, mais lorsqu'il s'agit de la grand'voile, avec sa bôme et son écoute qui traversent violemment le cockpit, cela peut être dangereux. Pour éviter cela, on peut attacher la bôme pour l'empêcher de bouger, mais ce remède peut s'avérer pire que le mal lorsqu'il y a beaucoup de vent, entrainant le bateau dans un demi-tour immédiat et le faisant pencher beaucoup plus qu'il n'est raisonnable d'envisager. Comme le vent était relativement fort (20 noeuds), j'ai donc décidé de ne pas mettre de retenue de bôme.

DSCF1347.jpgPetite vue sur l'Afrique, en partant.

DSCF1367.jpgLes voiles en ciseaux.

Une fois sorti du détroit, j'ai remis le génois du même côté que la grand'voile puisque, sur la nouvelle route à suivre pour atteindre le cap Sao Vincente, le vent me venait désormais plus de côté. Mais je n'ai pas remis de retenue de bôme, me disant que le régulateur d'allure, désormais réparé, était apte à tenir le cap. Malheureusement, il faut croire que la réparation n'était pas si parfaite que ça ... Car, au beau milieu de la nuit, alors que j'étais tranquillement entrain de dormir, le bateau est passé vent arrière ... L'écoute est passée sous la barre, et, quand la voile est passée de l'autre côté, s'est retendue brutalement, la cassant net.

Je dois dire que j'ai été assez content de récupérer le bout de barre cassé (qui portait la sportelle de Notre-Dame de Rocamadour !), parce qu'avec la violence du coup, il aurait très bien pu voler par dessus bord.

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Elle va marcher beaucoup moins bien, forcément.

Je me suis donc dérouté sur Cadix, à destination de la marina de Puerto Sherry, indiquée par un ami contacté par téléphone satellite, ayant vu sur internet qu'il s'agissait d'une des rares marinas du coin ayant un chantier et des entreprises de réparation navale. Seulement, sur internet, les gens sont probabement un peu optimistes ... la marina, plantée au milieu de nulle part au nord de la rade de Cadix, et pleine d'immeubles en construction abandonnés il y a des années, présente bien un chantier, mais les "réparateurs" ne peuvent ni ne veulent faire quoi que ce soit. C'est en bois ? Il vous faut "oun carpintéro" - Vous voulez aller vite, et mettre de la colle et deux ferrures avec des boulons pour assurer le tout ? Ah mais on ne peut pas fabriquer de ferrure, on n'est pas équipés ... Ils ne font que vendre et monter des pièces toutes faites, ces animaux-là !

Comme ils ne sont quand même pas complètement idiots, l'un d'eux a demandé à un de ses amis charpentiers de passer me voir jeudi. Nous sommes jeudi soir, et je l'attends encore ...

J'ai un peu peur d'être à nouveau parti pour une interminable période d'attente avant réparation, comme à Almerimar. Ce qui ne m'arrangerait pas du tout, car je suis tout de même censé être rentré en France à la fin du mois, pour être témoin lors d'un mariage. Je cherche donc si je peux trouver des solutions de réparations envisageables avec les moyens du bord (au sens propre !), sans doute plus étoffés que la moyenne en matière d'outillage, mais bêtement limités en termes de matière première - qu'il n'a pas l'air possible de trouver ici.

lundi 25 mai 2015

Attente andalouse

Trois semaines ! C'est le temps que j'aurai passé en Andalousie, et plus précisément à Almerimar, port de plaisance certes pas désagréable, mais sans autre intérêt que de n'être quasiment fréquenté que par des voiliers, principalement de grande croisière. En dehors de son chantier naval, il n'offre guère que ses plages, ses bars et ses restaurants, ainsi que quelques hôtels et un golfe. La culture et l'histoire sont aux abonnés absents dans cette marina moderne, dont le plus ancien bâtiment doit dater des années 1980. Et si le visiteur a des envies bucoliques, il faut lui souhaiter d'aimer le plastique, car la campagne se résume à des hectares de cultures sous serres plastifiées.

J'ai donc du passer ces trois semaines à bouquiner dans mon bateau, grâce à Caty et Pierre, un couple de jeunes retraités Français qui m'ont passé une belle collection de livres numériques. Même s'ils sont partis depuis quinze jours, emmenant leur catamaran hybride voile/électricité aux Baléares à une vitesse parfaitement injuste, j'ai pu profiter de leurs bienfaits tout le temps qui a suivi, et je le pourrai probablement encore longtemps (Avec 3000 bouquins, il y a de quoi faire). Je regrette toutefois leurs invitations si sympathiques à goûter ou à déjeuner, à bord de leur engin où on se sent, il faut le dire, plus dans un appartement que dans un bateau ! Mais le système de propulsion électrique est vraiment intéressant ; c'est une idée de Pierre qui a été reprise par le constructeur, et je dois dire que c'est assez prometteur. Bref, encore un grand merci à eux !

En dehors de cette attente heureusement remplie, j'ai pu aller voir un chaudronnier réputé tenant boutique derrière le chantier, Anglais installé en Espagne. S'il a lui fallu un peu de temps, compte tenu de divers délais (approvisionnement d'une tige d'un diamètre particulier, carnet de commandes chargé, météo non favorable, bières à boire avec ses amis ...), le patron d'Inox-Almerimar s'est montré très sympathique, et a pu me refaire le système de réglage du régulateur d'allure, qui devrait donc me permettre d'avancer un peu plus dans la direction que je veux, et un peu moins uniquement dans celles dont le bateau veut bien entendre parler. Et il a même fini par m'envoyer son beau-père pour détordre la ferrure tordue à Aguilas - qui est d'ailleurs entrain de travailler dessus à l'heure où j'écris. Théoriquement, une fois la ferrure redressée, à l'aide d'un levier d'abord, puis de généreux coups de masse ensuite, on devrait m'installer un bloc d'iroko au milieu du truc, pour le rigidifier et l'empêcher de se re-tordre en cas de nouveau choc.

Si tout se passe bien, la réparation devrait être terminée aujourd'hui ou demain, et je pourrais donc partir, si le vent le permet, mardi ou mercredi. Si le vent le permet, car la météo de ces trois semaines laisse entendre qu'il faut compter avec lui : s'il n'y a pas de mistral ici, le vent souffle quand même régulièrement bien fort. Ce qui fait la joie des véliplanchistes et autres kitesurfeurs, mais pas forcément celle des nombreux plaisanciers attendant de pouvoir repartir !

S'il y a autre chose à dire sur la météo, d'ailleurs, c'est que contrairement à ce qu'on pourrait croire, mai en Andalousie n'est pas encore l'été. Si le beau temps est généralement synonyme de températures qu'on qualifierait chez nous de clairement estivales (25 à 30°C), il arrive aussi qu'il fasse gris et plus frais (Le thermomètre est descendu jusqu'à 17°C ! Polaire !), et même qu'il pleuve. Heureusement, les averses sont généralement de courte durée, et la pluie la plupart du temps fine, mais cela fait quand même bizarre par ici.

Changements de programme

La suite du programme, en revanche, va devoir changer, car ces trois semaines d'immobilité forcée ont largement entamé sur le temps prévu pour aller à Madère. Si j'ai compris depuis un petit moment que je pouvais faire un trait sur mes espoirs transatlantiques, j'espérais encore en arrivant ici pouvoir pousser jusqu'à Madère, un de mes buts de pélerinage, et une île de l'Atlantique suffisament perdue au large pour qu'y aller prenne des airs d'aventure. Malheureusement, je vais devoir faire également un trait dessus : je dois être en France début juillet pour des mariages (surtout un, où on m'a recruté pour être témoin). Si je veux pouvoir y être, il faut que je pense à rentrer dès maintenant, en espérant même que le temps restant suffise. En un mois, je vais devoir atteindre Gibraltar, passer le détroit (ce qui necéssite que le vent ET le courant soient favorables, ce qui peut se forcer à attendre plusieurs jours, voire même des semaines paraît-il !), remonter le long du Portugal, passer le cap Finisterre, et enfin traverser le golfe de Gascogne (necéssitant, là encore, une météo favorable) avant de gagner la Bretagne, où j'espère trouver un port à tarif raisonnable, ou un coffre de mouillage accueillant.

Ce nouveau plan de navigation devrait me permettre, si tout se passe bien et si la remontée le long des côtes portugaises n'est pas trop difficile (car elle devrait s'effectuer face à des vents contraires), pour faire un petit détour par Fatima. Je garderai ainsi un côté pèlerin à mon périple, ce qui était quand même, il faut le dire, un peu le but de la chose. Je n'ai jamais été à Fatima, et je pense que peu de Français y vont autrement que par avion ... Et c'est un haut lieu de pélerinage marial, ce qui me va très bien.

Je regretterai bien la transatlantique, et Madère plus encore, mais il y aura d'autres opportunités et, qui sait, peut-être Agatharchidès y ira-t-il quand même !

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